Journal Intime
D'une Sombre Réalité
« Elle »
Bonjour. Commençons par « bonjour ». Je m'appelle Evangeline mais on m'appelle Evy.
Je viens de commencer ce journal intime. Même si je pense que c'est inutile, je l'écris quand même. Mais que pourrais-je écrire à l'intérieur ? Car il faut bien le remplir... Et comment je dois faire si rien ne s'est passé dans ma vie, s'il n'y a rien à raconter ? Que faut-il que j'écrive ? Des mensonges ? Des mensonges pour espérer qu'une personne trouve ce journal et le lise, pour qu'une personne pourrait dire que je suis quelqu'un de bien ?
Mais un journal, on le fais pour soi-même habituellement, par pour quelqu'un d'autre...
Arrêtons-nous là avec toutes ces questions, ça m'agace. Mais je n'écris pas ce journal pour le relire, je l'écris pour oublier. Car après, cette histoire appartiendra à Chloé pour qu'elle vous le remette. Ah ! Je l'adore ma Chloé, elle est si douce et elle veut juste m'aider. Alors je le fais pour elle, mais aussi pour moi et pour vous. Pour que vous sachiez... Et puis, pourquoi cacher une période de ma vie pour me morfondre ensuite dans mes draps.
Alors voilà, je vais vous raconter ma vie, ma triste vie, vie injuste, injuste et sombre, sombre réalité...
Mais par où commencer ? Quelle histoire relater ? Chloé m'a conseillé de raconter une histoire à la fois, pas plusieurs. Histoire de laisser le lecteur sur sa faim. Ah, pauvre Chloé ! Elle pense que je pourrais devenir écrivain, la malheureuse...
Commençons par le début, c'est logique. Mais y en a-t-il vraiment un ?
Plusieurs fois j'ai prié pour que mon coeur lâche, pour que j'oublie de respirer, pour qu'une voiture noire me projette à plusieurs mètres sur une route. Ne cherchez surtout pas pourquoi la voiture serait noire...
Ma vie n'est plus sobre comme avant, elle n'est que tristesse à présent. Le verre s'est brisé en si petit éclat qu'on ne peut espérer recoller les morceaux. Je veux bien me battre contre l'injustice qu'est la vie. Je veux plutôt dire me débattre. Mais où cela me mènerait ?
Enfin... Si vous saviez tout ce qui s'est passé jusqu'à maintenant. Je n'ai pas l'habitude de me plaindre. En réalité, je n'ai pas l'habitude de parler de ma vie. Mais c'est mon journal alors pourquoi m'en priver ?
On continue ou bien on s'arrête là,
Pendant longtemps j'ai vu la vie en noir. J'avais un point de vue aussi sombre que le pouvait montrer mon c½ur. A supposer que j'en avais vraiment un. Etant enfant, je n'ai jamais montré un signe d'enthousiasme comme le faisait tous les enfants de mon âge. Je n'étais pas comme les autres, j'étais différente. Mais différente dans un sens négatif. En grandissant, j'avais connu quelques amis, certes, mais qui ne pouvaient pas m'aider, me soutenir, comme je l'aurais souhaité. Je ne voulais pas avouer que la solitude me pesait. Cette solitude insupportable qui allait gâcher ma vie. Et c'est lorsque j'en étais à bout. A bout de cette vie, a bout de tout... Qu'elle était arrivée. Je n'arrivais pas à la supporter. Cette fille incroyablement belle, gentille et si souriante. Elle souriait tout le temps. Je la détestais. Elle était toujours entourée d'amis. Ce n'est seulement que lorsque je l'avais vu pleurer, lorsque j'avais remarqué qu'elle était comme moi que je l'avais aimé. J'avais l'impression que mon v½u avait été exaucé. Depuis tout ce temps, elle était ce soleil caché derrière l'éclipse qui recouvrait ma pauvre vie. Mais tout le monde sait qu'une éclipse ne reste jamais très longtemps. Elle apportait chaque jour un peu plus de chaleur dans mon coeur. Elle avait réussit a faire apparaître sur mon visage un sourire qui n'avait jamais vu le jour auparavant. Un sourire timide qui reflétait la bonne humeur qu'elle m'apportait. Ah ! toutes ces bêtises qu'on avait pu faire, tous ces jeux qu'on avait pu inventer ! Ca me rend nostalgique maintenant. Car tout cela est fini. Elle m'a trahi... Mais je me rappelle de tous ces moments douloureux ou pas, passés avec elle. Je me rappelle avoir pleuré toute une nuit dans ses bras, parlé pendant des heures sans être interrompue, ri à n'en plus pouvoir m'arrêter avec elle. Je me rappelle l'avoir admiré pour tout ce qu'elle faisait. Car, oui, c'était la seule personne qui m'avait vu pleuré, la seule qui m'écoutait réellement, la seule qui pouvait me faire rire aux larmes, la seule que j'admirais. Elle était toute ma vie. Je me souviendrais toujours de la fille qui m'a en quelque sorte offert un sourire, et qui me l'a retiré...
Jamais je ne lui pardonnerais. Jamais je ne le pourrais. Moi, qui me trouvais si égoïste. Elle l'avait été plus que moi. Elle m'avait abandonnée, délaissée à mon triste sort. Elle m'avait dit que je devais poursuivre ma route seule, que je ne pouvais continuer à m'accrocher à elle car elle ne serait plus jamais là pour moi. Elle m'avait dit que plus jamais elle ne me protègerait, que je devais me débrouiller, ne plus compter sur elle. Devant ce dernier affrontement, elle était la seule à sourire car moi je pleurais. Je pleurais car je ne pourrais plus jamais revivre ces bons moments avec elle. Les meilleurs moments de ma vie. Et elle m'avait ordonné d'oublier ces souvenirs, de ne pas m'accrocher au passé car il n'y avait que les trouillards qui le faisaient. A ce moment là, je la détestais encore plus. Elle était si froide.
Pourtant aujourd'hui, quand j'y repense, je comprends maintenant pourquoi elle souriait ce jour là. C'était pour m'offrir son dernier sourire, le plus beau avant de partir. Pourtant même si elle m'avait dit qu'elle me détestait, je pleure encore le soir. Et je la trouvais égoïste, car elle n'avait pas pu s'empêcher de dire : « tu es ma meilleure amie et tu restera toujours dans mon coeur » avant de laisser s'échapper son dernier souffle.
Elle était morte le sourire aux lèvres mais quelque chose n'allait pas. Etait-ce la larme qui glissait lentement sur sa joue froide et qui l'entraînait doucement dans la mort ?
Dans cette chambre d'hôpital, une odeur acre se faisait sentir. L'odeur de la mort. Même le bouquet de roses blanches que je lui avais apporté ne rivalisait pas avec cette odeur. Je pleurais toute la nuit à ses côtés, lui broyant les os de la main comme pour la retenir.
Comment pouvait-elle partir ? Comment avait elle pu me laisser seule? Je ne lui pardonnerais jamais. Et je pleurais encore, je ne faisais que ça. En répétant sans cesse « ne me laisse pas, reste avec moi » ou « ne part pas sans moi, emmène moi avec toi » mais c'était trop tard. Vraiment trop tard. Elle ne pouvait plus m'entendre. Elle était partie...
Vers les deux heures du matin, on était venu me chercher. On m'avait arraché à elle sans que je ne puisse rien faire. Et on avait emporté son corps sans vie au « sous-sol ». Tout le monde sait ce qu'il y a au sous-sol. A ce moment là, je lui avais fait la promesse de la rejoindre bientôt. Mais je n'ai pas pu tenir ma promesse car elle m'avait laissé un mot. Mais je ne vous l'écrirais pas. Je ne peux pas.
A présent j'espère que Chloé prendra soin de ma petite histoire.
J'en écrirais bientôt une autre. Enfin peut-être...
Evy
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align=center]©Chloé®